Pourquoi est-il si difficile de devenir ami avec un Américain ?

Katy Belcher via Unsplash

Quand je suis arrivée à Los Angeles pour y vivre, je ne me suis pas questionnée sur ma capacité à me faire de nouveaux amis. Je savais que j’étais quelqu’un de très ouvert et mes nombreux voyages aux US m’avaient prouvé à quel point les Américains étaient accueillants et tournés vers autrui. Ce que je ne réalisais pas encore c’était que côtoyer superficiellement un Américain et lier une vraie amitié avec lui étaient deux choses bien distinctes.

Je m’explique. Lorsque vous prenez des vacances aux US, vous vous extasiez devant le côté hyper « friendly » des Américains, que ça soit le serveur au restaurant, le chauffeur de votre uber ou bien le caissier au supermarché, vous trouvez tout le monde excessivement gentil et rêvez à un Paris identique. J’avoue avoir ressenti la même chose chaque fois que je venais en tant que touriste. Toujours le sourire, toujours le petit mot qui fait plaisir et cette bonne humeur permanente font, aux États Unis, partie de l’éducation. Alors qu’en France on nous apprend presque dès le plus jeune âge à nous montrer blasé de tout, à garder nos sentiments (nos peines comme nos joies) tout au fond de nous, des valeurs contraires sont inculquées aux petits américain. Aux États-Unis se montrer agréable envers autrui est directement lié à la politesse, il serait inacceptable qu’il en soit autrement.

Pêches vs. Noix de coco

Sara Cervera & Katherine Volkovski via Unsplash

Je lisais dernièrement un article sur les difficultés de communication entre les différentes cultures. Selon le psychologue américain Kurt Lewin, spécialisé dans la psychologie sociale et le comportementalisme, le monde peut être divisé en 2 types de culture : les pêches et les noix de coco.

Les peuples « pêches », comme les Américains (ou les Japonais par exemple), sont chaleureux, gentils, serviables, s’ouvrent et parlent facilement, il partagent aussi rapidement leur vie. En revanche si vous essayez de creuser pour lier une véritable amitié, vous serez confronté à un noyau, dur, impénétrable, accessible seulement à leur amis d’enfance, d’université et à leur famille. Parce que oui, les américains ont quand même de bons amis, mais ils sont souvent de longue date, rencontrés au cours leur scolarité.

Les peuples « noix de coco » comme les Français (ou les Russes) peuvent sembler froids et distants au premier abord à cause de cette coque extérieure difficile à briser. Les Français à l’inverse des Américains ne sourient pas facilement et n’engagent pas facilement la conversation avec un inconnu. C’est un comportement qui ici peut être perçu comme de l’impolitesse mais qui pour nous est seulement l’expression d’une forme de respect et d’égard pour la vie privée d’autrui. C’est aussi pour cela que les Français interprètent la sympathie américaine comme de l’hypocrisie.
Cependant si vous réussissez à percer cette coquille extérieure, vous avez toutes les chances de devenir véritablement ami avec une personne de culture « noix de coco » et d’être intégré à sa vie au même titre qu’un membre de sa famille.

Pour la petite histoire, lorsque nous avons déménagé à Burbank, Madeleine a intégré une nouvelle école. Le jour de la rentrée, elle est sortie en courant, ravie de me dire qu’elle s’était faite une nouvelle amie, qu’elle voulait me la présenter, que c’était important pour elle… Mon instinct sauvage de Française m’a fait lui répondre « oh non non, on verra une autre fois » puis j’ai réalisé que dans la mesure où il n’y avait pas de francophones dans cette école, si j’avais ce genre de comportement je ne connaîtrais jamais personne. J’ai décidé de la jouer à l’Américaine et d’aller chaleureusement me présenter à cette petite fille et à son papa. Avec mon grand sourire : « Bonjour, ravie de vous rencontrer, je suis Marie, la maman de Madeleine, nous sommes nouveaux dans le quartier… ». Je me suis retrouvée face à un mur, le papa m’a lancé un regard froid, glacial même, j’ai eu l’impression que cette intrusion dans sa vie était vraiment mal venue. Ça a calmé mes ardeurs. En rentrant à la maison j’ai raconté cette histoire à mon mari : « Pas très accueillants les gens à Burbank, c’est curieux… ». J’ai appris quelques jours plus tard que ces gens n’étaient pas Américains mais Russes… #noixdecoco #fail.

Friends

Nous avons nous, en tant que Français expatriés, une autres théorie sur l’amitié aux États-Unis. Vous vous souvenez dans la Saison 10 de Friends lorsque Monica et Chandler décident de quitter leur appartement New Yorkais pour acheter une maison en banlieue. Ils cachent la situation au reste de la bande qui semble désemparé. Il leur paraît inconcevable que leurs amis quittent New York, pas parce que ça changerait leurs habitudes mais simplement parce qu’ici les amitiés sont souvent des amitiés de proximité. Dans l’épisode 14 de la Saison 10, Joey qui accepte enfin de visiter la nouvelle maison de Monica et Chandler rencontre la petite fille qui y vit actuellement et lui dit « Si Monica et Chandler démangent ici et que Phoebe est mariée à Mike, il ne me reste plus que Ross et Rachel. J’ai l’impression de perdre mes amis […] Me faire de nouveaux amis ? Facile à dire pour toi, tu es jeune ». Comment une amitié de 10 ans peut être menacée par un déménagement à quelques kilomètres ou par un mariage ??? Les américains sont amis avec leurs collègues du moments, avec leurs voisins du moments, si vous en faites partie, sachez que si vous changez de job ou déménagez et même si vous avez la sensation d’être très très amis, la relation ne durera pas. On a la sensation également que la vie avançant, il n’y a plus de place pour de nouvelles amitiés profondes, le quota est déjà plein. Bref pour construire une amitié aux US, une proximité géographique et physique est nécessaire. Si elle vient à cesser, l’amitié prendra fin par la même occasion.


Pour toutes ces raisons je n’ai pas/plus de vrais amis américains. Je ne souffre pas de solitude rassurez-vous (j’ai des amis français expat formidables !) mais j’ai fait le deuil d’un relationnel qualitatif dans la durée avec les Américains. Bien entendu, ce que je pense ici n’est pas une règle, ce n’est pas systématique et ça n’engage que moi. Si vous êtes expat, n’hésitez pas à me laisser votre ressenti à ce propos en commentaire…

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