Obsessed: Fashion and Nostalgia in the ‘90s – L’expo qui prouve que la mode des 90s revient en force (Los Angeles)

Si vous suivez mes aventures ici ou sur Instagram, vous savez à quel point je suis fascinée par l’esthétique des années 90. Alors quand j’ai su que l’exposition Obsessed: Fashion and Nostalgia in the ’90s s’installait au ASU FIDM Museum, juste à coté de chez moi, au cœur de Downtown L.A., je ne pouvais pas ne pas y aller.

Corset Vivienne Westwood, Veste Karl Lagerfield, Ceinture Jean Paul Gaultier, Ceinture Franco Moschino, Veste Bill Blass

La mode est un éternel recommencement

Christian Dior – 1950 & John Galliano – Automne/Hiver 1995-96

Dès l’entrée, on est mis dans le bain avec une confrontation visuelle. On y voit un tailleur gris de 1950 Christian Dior (porté par Marlene Dietrich) qui a dominé le monde de la mode jusqu’à sa mort en 1957. Il illustre à merveille le style féminin et cintré du New Look, qui a insufflé un sentiment d’espoir et de romantisme après les sombres années de guerre et de misère. Juste à côté d’un tailleur noir signé John Galliano de 1995 présenté sur le toit enneigé d’un entrepôt près du quartier de Pigalle à Paris. Galliano était alors déjà l’une des étoiles montantes les plus prometteuses de la mode. Ce défilé n’a fait que confirmer son statut. Quatre mois plus tard, il était nommé directeur artistique de Givenchy, et un an après, il prenait les rênes de Christian Dior.  C’est frappant : à 45 ans d’intervalle, les silhouettes se répondent presque parfaitement. Ça nous rappelle qu’un grand design reste un grand design, pour toujours.

Du Grunge au luxe déconstruit

Anna Sui – Printemps/Été 1993

L’expo explore aussi ce moment où la culture analogique a rencontré l’aube d’Internet. C’est l’époque où Seattle et le mouvement Grunge ont tout renversé. Au printemps 93, Anna Sui, Marc Jacobs et Christian Francis Roth ont bousculé tout le monde en lançant le style grunge sur les podiums, tout droit venu de la scène musicale de Seattle. Franchement, la presse a détesté, pour eux, c’était juste des vêtement de friperie vendues à prix d’or. Marc Jacobs s’est même fait virer de chez Perry Ellis à cause de ça ! Même les vrais fans de grunge criaient à la récupération. Pourtant, les créateurs ont tenu bon, persuadés que la mode devait s’inspirer de l’énergie de la rue pour rester vivante.

The Face – Septembre 1993

Fortement influencé par le mouvement Riot Grrl et sa relation avec Courtney Love, Kurt Cobain n’hésitait alors pas à bousculer les codes en s’affichant en robe et maquillé, sur scène comme en shooting. C’est là que la robe babydoll (qu’Anna Sui revisitait déjà depuis les années 80 en clin d’œil aux sixties) est devenue un vrai symbole. Portée avec des baskets ou des boots, elle n’était plus seulement mignonne, elle incarnait une nouvelle forme de féminité, beaucoup plus libre, forte et indépendante.

L’Antifashion

Rei Kawakubo pour Comme des Garçons – Printemps/Été 1997 & Printemps/Été 1999

On plonge aussi dans ce que la presse appelait l’Antifashion avec des génies comme Rei Kawakubo. Ce qui définissait la mode des années 90, c’était avant tout ce refus de rentrer dans un moule. On était en pleine réaction contre le luxe tape-à-l’œil des années 80, place au punk et à la déconstruction. Le noir n’était plus seulement chic, il devenait rebelle avec des zips apparents et des coupes franches. Rei Kawakubo a carrément fait de l’imperfection un art. Avec l’Antifashion, tout était brut, presque inachevé, et ça bousculait les codes tout en s’imposant dans les plus grandes boutiques. Jean Paul Gaultier est un bon exemple de ce mouvement.

Martin Margiela – 1998

Ou encore Martin Margiela et ses célèbres bottines Tabi à bout fendu, qui continuent, encore aujourd’hui, 38 ans après leur lancement, de susciter un certain malaise et de diviser. De mon côté je n’arrive toujours pas à savoir si je les aime ou si je les déteste.

Les 90s réinventent l’Histoire

Dans les années 90, les podiums ont eu un énorme coup de foudre pour le rétro. On s’inspirait de tout : aussi bien de l’époque élisabéthaine que des looks plus proches de nous, comme ceux des sixties ou des seventies. Des génies comme John Galliano ou Vivienne Westwood passaient des heures dans les archives des musées pour redécouvrir des secrets de fabrication, comme la fameuse coupe en biais. Parfois, le résultat était un hommage presque parfait au passé, comme quand Galliano a recréé en 95 le tailleur iconique que Dior avait dessiné pour Marlène Dietrich. Notez l’inspiration du film Clueless, sorti en 1995 soit un an après cet ensemble jupe+veste à carreaux de Vivienne Westwood. D’autres fois, c’était beaucoup plus délirant, avec des couleurs et des volumes complètement exagérés. Au fond, plus la technologie avançait, plus les créateurs fouillaient dans l’histoire pour inventer la mode de demain.

Humour, Glamour et Nostalgie

Ce que j’ai adoré, c’est aussi de retrouver l’irrévérence de Franco Moschino avec sa veste ornée de seins en trompe-l’œil qui est complètement géniale et le glamour nocturne de l’ère Tom Ford chez Gucci. Mon moment de fan girl absolu, voir de près le tailleur en velours rouge que Gwyneth Paltrow portait sur le red carpet en 1996. Le velours bordeaux, la chemise bleu pâle, la perfection ! À noter également, la robe en billets de banque de Christian Francis Roth, qui commentait l’obsession de la richesse qui avait caractérisé la décennie précédente.

Le Minimalisme détrône le Grunge

Ce qui est fou, c’est que cette expo arrive pile au moment où la série Love Story sur Carolyn Bessette-Kennedy (dispo sur Hulu) remet son style minimaliste au centre de toutes nos discussions. On y retrouve d’ailleurs quatre looks Calvin Klein d’époque, absolument sublimes. Sa vision esthétique sobre et sans fioritures a fait de lui l’un des talents les plus respectés de sa génération. Ses fameuses robes nuisettes de Calvin Klein ont défini toute une époque. C’est la définition même du less is more que j’aime tant. En effet, au milieu des années 90, la mode a radicalement tourné la page. On est passés du look grunge un peu négligé à une esthétique ultra-luxe et épurée. C’est le moment où le minimalisme américain a pris le pouvoir. Chez Gucci, Tom Ford arrivait à la direction artistique en 1994 avec une vision super précise, plus besoin de fioritures, tout se jouait sur une coupe parfaite. On est en plein dans les racines de ce qu’on appelle aujourd’hui le Quiet Luxury, un luxe discret, intelligent et sans logo.

Le Hip-Hop prend le pouvoir

TJ Walker et Carl Jones pour Cross Colors – 1992-93

Dans les années 90, MTV a tout changé en mélangeant musique et look. C’est grâce à la chaîne que le streetwear et le denim (boostés par la culture rap) ont débarqué dans tous les salons. C’est comme ça qu’une marque de Los Angeles, Cross Colours, est devenue un vrai phénomène. Portée par des icônes comme Tupac ou Will Smith, la marque a réinventé le hoodie et le baggy avec des couleurs flashy et un message fort, des vêtements sans préjugés. C’était aussi le début d’une alliance incroyable entre le hip-hop et la haute couture. Le moment le plus iconique, en 1996, quand Tupac s’est retrouvé au premier rang à Milan pour chanter California Love juste après le défilé Versace. Gianni Versace avait tout compris, en s’associant à Tupac, il s’offrait une nouvelle crédibilité, tandis que le rappeur imposait son style dans l’univers du luxe.

Mes 3 coups de cœur

Une immersion totale

L’expo ne se contente pas de montrer des vêtements. On déambule au son des tubes des années 90 (Freedom! – George Michael, Just A Girl – No Doubt, 1979 – The Smashing Pumpkins), on découvre des éditos de magazines vintage. Dans les années 90, les éditoriaux et les images des défilés étaient principalement diffusés par le biais des magazines. On redécouvre aussi les visages de Naomi, Cindy, Linda, Kate et Claudia (ma favorite !) qui régnaient sur les podiums. C’est une vraie réflexion sur pourquoi on est aussi nostalgiques aujourd’hui. Dans un monde hyper-connecté, on cherche peut-être cette authenticité et cette rébellion des années pré-internet.

Le makeup dans les 90s

Haper’s Bazar -1992

Depuis des millénaires, nous nous maquillons. Mais pourquoi ? Tina Gaudoin analyse les enjeux politiques du maquillage.
Oubliez l’adage « les hommes ne pleurent pas ». Dans notre culture (en général), les hommes ne se maquillent pas. Évident ? Réfléchissez-y. En 1991, les Américaines ont dépensé 4,7 milliards de dollars en makeup et des millions d’heures à choisir leurs produits et à les appliquer. Pour la plupart d’entre nous, c’est sans doute un investissement judicieux. Néanmoins, une question se pose :
Pourquoi, et pour qui ? Le maquillage fait-il partie de notre rituel de séduction ?
Est-ce un stimulant sexuel ? Ou bien une protection (au sens propre comme au figuré) contre le monde extérieur ? Le portons-nous pour nous-mêmes ou pour les autres ? Et, plus important encore peut-être, risquons-nous de devenir dépendants du maquillage ?
« Si l’on supprimait complètement les entreprises de cosmétiques et la publicité, les femmes réinventeraient l’industrie. Le maquillage est littéralement inscrit dans nos gènes ; il fait partie de notre stratégie reproductive génétique », explique Helen Fisher, docteure en anthropologie au American Museum of Natural.


Que vous ayez connu cette décennie ou que vous soyez nés après 2000, courez-y. C’est fascinant de voir comment ces créations continuent de dicter nos tendances actuelles.


Et vous, c’est quoi le look des années 90 qui vous inspire le plus en ce moment ? Le minimalisme de Carolyn ou l’audace de Versace ?

Obsessed: Fashion and Nostalgia in the ‘90s
ASU FIDM Museum
919 S Grand Ave, Los Angeles, CA 90015
Du mercredi au samedi
De 10h à 17h
Entrée gratuite

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